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Déchets plastiques en Asie : une industrie dévastatrice

Depuis des années, la Chine est au centre du commerce des déchets. Elle exporte ses produits manufacturés dans les pays occidentaux, aux Etats Unis et en Europe, et les cargos reviennent chargés de déchets plastiques. Ceux-ci envahissent de nombreux villages qui ne savent pas gérer cette problématique. Ils sont obligés de les enterrer, de les brûler ou encore de les laisser dans des décharges à ciel ouvert.

Le 1er janvier 2018, la Chine décide de ne plus être la « poubelle du monde ». A l’heure où le changement climatique est devenu un enjeu économique majeur, ce palmarès est en effet peu reluisant. Elle met en place la National Sword, une politique interdisant l’import de 24 sortes de déchets incluant certains plastiques. Les conséquences sont drastiques : par rapport à l’année 2017, la Chine a ainsi réduit de 99.1 % ses importations. Les exportations de déchets plastiques ont chuté de 50% au niveau mondial.

Les limites du recyclage des déchets plastiques

Les Américains et Européens ont développé de très mauvaises habitudes de recyclage. On imagine pouvoir trier quelque chose de non recyclable dans une benne de recyclage. La réalité est tout autre : les déchets recyclables sont contaminés, avant d’être envoyés en Asie pour traitement. Sans compter que la qualité du plastique produit ne cesse de diminuer à cause des colorants et additifs toxiques. Ces produits nuisent aux chiffonniers des pays pauvres qui ne sont pas équipés pour les traiter de manière saine. Les impacts sanitaires et environnementaux pour les pays asiatiques ne sont donc pas pris en compte, alors même que les pays occidentaux comptabilisent ces déchets envoyés dans leurs taux de recyclage.

La pollution émise par l’export de plastique est la face cachée du recyclage dans les pays riches, et a poussé les populations à la consommation sans avoir à se soucier des conséquences. Cependant, celles-ci commencent à se faire ressentir même en Occident. La politique chinoise du National Sword les pousse désormais à traiter leurs déchets eux-mêmes, et d’en mesurer l’impact. Mais cette politique a eu pour conséquence un détournement des exportations, notamment dans trois pays d’Asie du Sud-Est : la Malaisie, la Thaïlande et l’Indonésie.

La Malaisie

 La Malaisie a pris le pas sur le colosse asiatique et  souffre du déchargement massif des déchets sur ses côtes. Un pic d’opérations de recyclage illégales est apparu après le National Sword chinois. De nombreuses usines, parfois même sans licence, ont vu le jour :  le commerce du plastique est une manne ! La Malaisie est ainsi devenue experte en traitement des déchets plastiques, qui finissent en briques ou servent à la construction des routes. La Malaisie a ainsi reçu 754 000 tonnes de déchets plastiques de plus de 19 pays cette année, les États-Unis, le Japon et la Grande-Bretagne étant les premiers exportateurs.

Les conséquences environnementales et sanitaires de cette nouvelle économie sont désastreuses. Les écosystèmes sont perturbés et de nombreux êtres vivants sont contraints de fuir leurs milieux de vie. Dans les villages, les habitants se plaignent de problèmes respiratoires ou encore d’odeurs nauséabondes. Cette nouvelle économie ne fait pourtant pas l’unanimité dans le pays. Certains s’engagent pour lutter contre ces activités, tels que le conseiller d’Etat de la province de Selangor qui regrette que la responsabilité soit laissée aux travailleurs de son domaine. Ils ne bénéficient pas de revenus d’impôts sur ces activités mais sont obligés de faire des heures supplémentaires pour gérer ces opérations illégales de traitement du plastique. De même, Tan Chin Hing, à l’initiative du Kuala Langat Environmental Protection Group, a permis la localisation et la fermeture d’une trentaine d’usines plastiques illégales.

 

En 2018, le gouvernement malais a annoncé une politique interdisant l’import de déchets plastiques d’ici 2021. En février 2019, la Malaisie a fermé 139 usines de recyclage donc 109 illégales, et cela n’est qu’un premier pas dans leur volonté de cesser ces activités.

Crédit photo : wastetradestories.org

La Thaïlande

Après la mise en vigueur de la politique chinoise, la Thaïlande a perçu une augmentation de plus de 1000% des importations de déchets plastiques ! La mafia locale s’est accaparée l’activité de recyclage, et elle n’hésite pas à menacer les opposants à ce commerce fleurissant. Là encore, les conséquences environnementales sont graves. Les produits toxiques se retrouvent rapidement dans les nappes phréatiques, les rivières, contaminant ainsi les eaux. Les effets sur la santé peuvent être graves : infertilité, fausse-couches, prématurés… De plus, ces toxines s’accumulent dans les systèmes respiratoires. Kuchon Umsawat, paysan thai, a perdu ses récoltes en faisant un constat amer : elles contenaient 14 différentes sortes de métaux lourds et autres polluants.

L'Indonésie

En Indonésie, dans les villages du Nord Somengko, l’industrie du plastique transforme le mode vie des habitants. La mafia locale exploite ainsi les habitants les plus pauvres, en échange de pouvoir garder ce qu’ils trouvent. Ces « trésors », souvent des dollars ou des monnaies étrangères, sont un complément de revenus non négligeable pour eux.

Cependant, cette industrie ne fait pas le bonheur de tous. Certains habitants opposés à ces pratiques ont du mal à faire entendre leurs voix : la mafia encore présente tue les initiatives dans l’œuf en menaçant les opposants. Le relâchement des produits toxiques pendant l’incinération du plastique menace la santé des habitants des villages. Malgré les envies de certains membres du gouvernement, il est plus difficile de faire fermer ces usines en Indonésie, à cause de la pauvreté et du manque d’emploi. S’opposer à ces pratiques, c’est risquer une émeute.

Crédit photo : wastetradestories.org

Suivre les pas de la Chine ?

De nombreux pays d’Asie prennent conscience de l’impact environnemental et de l’enjeu de santé publique dégagé par l’industrie du plastique. Certains d’entre eux commencent à mettre en place des mesures allant vers l’interdiction des importations.

En 2018, la Malaisie a émis une première interdiction temporaire d’importation de déchets plastiques, ainsi qu’une interdiction permanente qui sera effective en 2021. Le gouvernement du Vietnam ne délivre plus de nouvelles licences aux usines de recyclage.

La Thaïlande interdit les importations de  432 types de déchets électroniques, et cela sera suivi par une interdiction d’importer des déchets plastiques d’ici 2020. En Octobre 2018, Taïwan a contré l’augmentation des importations de plastiques en interdisant l’import de certains plastiques.

Transformer cette crise en opportunité

Conscients de l’impact de leurs systèmes de recyclage, les pays exportateurs de déchets plastiques opèrent certains changements. De nombreuses campagnes anti-plastique sont menées, et certains produits sont interdits à la production, comme les gobelets et assiettes jetables.

Certains organismes privés investissent dans le secteur du recyclage afin de réduire les exportations de déchets. A titre d’exemple, à Berkeley, en Californie, une législation sans précédent a été mise en place. Les lieux de restauration doivent s’équiper entièrement de couverts réutilisables et leurs contenants « A Emporter » doivent être certifiés compostables.

En Europe le secteur de la récupération et du zéro déchet fait des émules. De plus en plus de jeunes entrepreneurs font de la chasse au déchet leur business – for good !

Il y a Greenpeace, Gaïa et... nous !

Cet article fait écho au récent rapport réalisé par l’Alliance Globale pour une Alternative aux Incinérateurs (GAIA) et GreenPeace Asie. Les ONG proposent différentes recommandations marco-économiques pour faire face à cet état de fait :

      • Les pays en développement doivent imposer des interdictions concernant l’import de déchets plastiques et garantir le respect des droits des travailleurs, afin de réduire les dangers sanitaires
      • Les pays exportateurs doivent revoir et re-concevoir leurs packagings et produits, afin de réduire l’utilisation du plastique. Toute la chaîne de production doit être repensée.
      • Dire stop à l’incinération.
      • Les prises de décisions doivent être collectives à travers l’ONU quant à l’export, le recyclage et l’usage du plastique.
Il est bon d’avoir une vue globale mais nous croyons que la clé réside dans une action co-construite et conjointe entre :
  • les villes et gouvernements
  • les ONG
  • les organisations privées (Multinationales, PME et TPE)
  • les consommateurs
 
Chez Ethical Minds, nous nous demandons au quotidien comment nous pouvons, à l’échelle de notre petite organisation diminuer notre impact ? Du global au local, il n’y a qu’un pas.  Et pour cela, nous avons mis en place une démarche et des services durables, comme l’hébergement écologique. Vous nous rejoignez ?

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